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La massothérapie peut-elle soutenir la prise en charge de la dépendance?
L’alcool, la cigarette, les drogues et les jeux de hasard peuvent tous causer une dépendance, un trouble complexe qui modifie progressivement le fonctionnement du cerveau. Bien que les traitements pharmacologiques, psychologiques et psychosociaux demeurent au cœur de la prise en charge de la dépendance, certaines approches complémentaires suscitent un intérêt croissant pour soutenir le parcours de rétablissement. Parmi elles figure la massothérapie. Les données scientifiques actuelles suggèrent qu’elle pourrait contribuer à atténuer certains symptômes qui compliquent le sevrage, notamment l’anxiété, lorsqu’elle est intégrée en complément des traitements conventionnels.
Comprendre le cycle de la dépendance
La dépendance est aujourd’hui reconnue comme un trouble chronique qui modifie le fonctionnement du cerveau. Elle s’installe progressivement à mesure que la consommation répétée d’une substance ou l’adoption d’un comportement addictif, comme les jeux de hasard, transforme certains circuits cérébraux [1, 2].
Au cœur de ce processus se trouve le circuit de récompense [1]. Lorsque ce système est activé, il libère notamment de la dopamine, un neurotransmetteur qui joue un rôle clé dans la motivation et l’apprentissage. En temps normal, ce mécanisme encourage la répétition de comportements bénéfiques et essentiels à la survie, par exemple manger, boire ou créer des liens sociaux.
Les substances psychoactives, comme les opioïdes ou l’alcool, ainsi que certains comportements addictifs, activent eux aussi le système de récompense et la libération de dopamine. Lorsque ces substances sont consommées ou que ces comportements sont répétés, le cerveau apprend à les associer à une récompense particulièrement gratifiante. Plus cette expérience se répète, plus cette association se renforce.
Peu à peu, un cercle vicieux s’installe. Des émotions, des situations ou des lieux associés à la consommation peuvent éventuellement suffire à déclencher une envie impérieuse de consommer, appelée « craving » [1, 2]. Si la consommation ou la répétition du comportement procure d’abord un soulagement ou un plaisir temporaire, ses effets s’estompent rapidement et laissent place au manque. Cette sensation de manque favorise ainsi une nouvelle consommation ou la reproduction du comportement.
À force de se répéter, ce cycle modifie progressivement le cerveau et rend le contrôle de la consommation ou du comportement de plus en plus difficile. Avec le temps, une quantité plus importante de substance ou une intensification du comportement addictif peut devenir nécessaire pour produire les mêmes effets qu’auparavant. Ce phénomène, appelé « tolérance », contribue à entretenir la dépendance, qui persiste souvent malgré un désir sincère d’arrêter la consommation ou le comportement addictif [1, 2].
Le massage procure-t-il des bienfaits en contexte de dépendance?
La prise en charge de la dépendance repose sur une combinaison d’approches pharmacologiques, psychologiques et psychosociales. Depuis quelques années, des chercheurs s’intéressent également à certaines approches complémentaires susceptibles de soutenir cette prise en charge, comme la massothérapie.
Sans traiter directement la dépendance, la massothérapie pourrait contribuer à atténuer certains symptômes qui compliquent le parcours de rétablissement. Les études menées jusqu’à présent cherchent notamment à déterminer si elle peut réduire les symptômes de sevrage, diminuer l’anxiété et soutenir les personnes pendant l’arrêt de la consommation du comportement addictif.
Réduire les symptômes de sevrage grâce au massage
L’arrêt de la consommation d’une substance, qu’il s’agisse d’alcool, de cigarette ou d’autres drogues, s’accompagne souvent de symptômes de sevrage difficiles à supporter. Tremblements, transpiration, nausées, vomissements, irritabilité, fluctuation de l’humeur, anxiété et accélération du rythme cardiaque peuvent notamment compliquer le maintien de l’abstinence [3].
Selon une synthèse des données scientifiques réalisée en 2019 par le Sax Institute, la massothérapie pourrait contribuer à réduire l’intensité des symptômes de sevrage lorsqu’elle est utilisée en complément des traitements conventionnels [4].
L’acupression permettrait elle aussi d’atténuer les symptômes de sevrage. Une récente étude a en effet montré que chez des personnes vivant avec une dépendance aux jeux, des séances d’acupression sur différents points de l’oreille entraînaient, après cinq semaines, une diminution significative des symptômes de sevrage comparativement à un accompagnement psychologique [5].
Ces observations rejoignent celles d’autres travaux plus récents portant sur les effets du massage chez les personnes vivant avec une dépendance à différentes substances [6, 7, 8]. Ces travaux suggèrent que la massothérapie pourrait constituer une approche complémentaire intéressante pour accompagner ces individus.
Comment le massage contribue-t-il à réduire les symptômes de sevrage?
Lorsqu’une personne reçoit un massage, ses muscles se relâchent progressivement et un état de relaxation s’installe. Le corps répond au toucher, non seulement sur le plan physique, mais également sur le plan physiologique.
Une revue des travaux de Tiffany Field et de ses collaborateurs, publiée en 2005, a montré que le massage provoquait des changements physiologiques notables [9]. Plus précisément, à travers les études analysées, le massage avait entraîné une augmentation de la dopamine de 31 % en moyenne. Cet effet a été observé pour différents types de massage et dans différentes populations, par exemple chez des personnes vivant avec de la douleur chronique, une fibromyalgie, une dépression ou pendant la grossesse.
L’effet du toucher sur la dopamine pourrait expliquer l’intérêt du massage dans un contexte de dépendance. Lorsqu’une personne est en situation de manque, la disponibilité de la dopamine diminue. En favorisant la libération de ce neurotransmetteur, le massage pourrait contribuer à rétablir un meilleur équilibre neurochimique et ainsi soutenir le processus d’arrêt de la consommation, notamment en réduisant certains symptômes de sevrage.
Les travaux de l’équipe de Tiffany Field ont également montré qu’en plus d’augmenter la dopamine, le massage entraînait aussi une hausse moyenne de la sérotonine de 28 % et une diminution du cortisol d’environ 31 % [9].
La sérotonine est un neurotransmetteur qui participe à la régulation de nombreuses fonctions cérébrales, notamment l’humeur, le sommeil et les émotions [9, 10]. En augmentant la production de sérotonine, le massage pourrait donc contribuer, du moins en partie, à soutenir la prise en charge de la dépendance.
Le cortisol, de son côté, est une hormone qui joue un rôle central dans la réponse de l’organisme au stress [9]. Le massage, en entraînant une diminution du cortisol, pourrait donc permettre de réduire le stress et l’anxiété en contexte de dépendance.
Atténuer l’anxiété par le toucher pour soutenir le rétablissement
Les personnes qui vivent un sevrage présentent souvent du stress et de l’anxiété, lesquels peuvent rendre l’arrêt de la consommation plus difficile.
Une équipe de recherche de la Nouvelle-Écosse s’est intéressée aux effets du massage chez les adultes vivant avec une dépendance [11]. L’équipe a évalué l’anxiété chez 82 adultes aux prises avec une dépendance à l’alcool, à la cocaïne ou aux opioïdes en leur offrant un accompagnement psychologique et un traitement pharmacologique. La moitié d’entre eux ont reçu un massage sur chaise de 20 minutes pendant trois jours consécutifs (groupe traitement), alors que l’autre moitié a participé à trois séances de relaxation de 20 minutes (groupe contrôle).
À l’aide du questionnaire Spielberger State-Trait Anxiety Inventory, l’équipe de recherche a observé que les participants ayant reçu des massages présentaient un score d’anxiété significativement plus faible que ceux du groupe contrôle. Ces résultats suggèrent que le massage sur chaise pourrait constituer une intervention complémentaire intéressante pour réduire l’anxiété chez les personnes en traitement d’une dépendance.
Mieux définir la place de la massothérapie dans la prise en charge de la dépendance
En contexte de dépendance, chaque intervention capable d’atténuer les symptômes qui compliquent le rétablissement de la personne constitue une petite victoire. Bien que les données scientifiques soient encore limitées, les résultats obtenus jusqu’à présent suggèrent que la massothérapie pourrait aider à réduire l’anxiété et certains symptômes de sevrage lorsqu’elle est intégrée à une prise en charge globale de la dépendance.
Des études de plus grande envergure seront toutefois nécessaires pour préciser la place de la massothérapie auprès des personnes vivant avec une dépendance. D’ici là, l’approche apparaît comme une avenue complémentaire prometteuse dans le cadre d’une prise en charge multidisciplinaire.
À lire également
- Le massage et les troubles anxieux
- La massothérapie et l’anxiété
- Le massage : modulateur du système nerveux
Références
[1] Drogue – Aide et référence. (s. d.). Le cycle de la dépendance. aidedrogue.ca/la-dependance/le-cycle-de-la-dependance/
[2] Semann, A. et Khan, M. K. (2023). Neurobiology of addiction. StatPearls. statpearls.uk/point-of-care/159001
[3] Centre intégré de santé et de services sociaux des Laurentides. (2026, février). Guide pratique du sevrage – Consommation d’alcool, de drogues, de jeux de hasard et d’argent et utilisation problématique d’Internet. santelaurentides.gouv.qc.ca/fileadmin/internet/cisss_laurentides/A_propos_de_nous/Documentation/Depliants_Feuillets/DSMDPGA/pub_guide_pratique_du_sevrage.pdf
[4] Lintzeris, N., Sunjic, S., Demirkol, A., Branezac, M., Ezard, N., Siefried, K., Acheson, L., Bascombe, F., Tremonti, C. et Haber, P. (2019). Evidence check : Management of withdrawal from alcohol and other drugs. Sax Institute. saxinstitute.org.au/wp-content/uploads/20.08_Evidence-Check_Management-of-withdrawal-from-alcohol-and-other-drugs.pdf
[5] Lee E. J. (2025). Effects of positive psychology counselling combined with auricular acupressure on resilience and gambling withdrawal symptoms. Issues in mental health nursing, 46(10), 1025-1033. doi.org/10.1080/01612840.2025.2545949
[6] Hernandez-Reif, M., Field, T. et Hart, S. (1999). Smoking cravings are reduced by self-massage. Preventive medicine, 28(1), 28-32. doi.org/10.1006/pmed.1998.0372 [7] Choi, J. M. et Lee, E. J. (2025). Effects of auricular acupressure on depressive symptoms, gambling withdrawal symptoms, and platelet serotonin in people with gambling disorders: A randomized controlled trial. Journal of addictions nursing, 36(3), 221-229. doi.org/10.1097/JAN.0000000000000630
[7] Choi, J. M. et Lee, E. J. (2025). Effects of auricular acupressure on depressive symptoms, gambling withdrawal symptoms, and platelet serotonin in people with gambling disorders: A randomized controlled trial. Journal of addictions nursing, 36(3), 221-229. doi.org/10.1097/JAN.0000000000000630
[8] Hu, W. L., Tsai, M. C., Kuo, C. E., Liu, C. T., Wu, S. Y., Wu, T. C. et Hung, Y. C. (2022). Laser meridian massage decreased craving in men with opioid use disorder on methadone maintenance treatment. Biomedical journal, 45(2), 414-423. doi.org/10.1016/j.bj.2021.04.010
[9] Field, T., Hernandez-Reif, M., Diego, M., Schanberg, S. et Kuhn, C. (2005). Cortisol decreases and serotonin and dopamine increase following massage therapy. The International journal of neuroscience, 115(10), 1397-1413. doi.org/10.1080/00207450590956459
[10] Commission de la santé mentale du Canada. (s. d.). Sérotonine. commissionsantementale.ca/mhcc-glossary/serotonine/
[11] Black, S., Jacques, K., Webber, A., Spurr, K., Carey, E., Hebb, A. et Gilbert, R. (2010). Chair massage for treating anxiety in patients withdrawing from psychoactive drugs. Journal of alternative and complementary medicine (New York, N.Y.), 16(9), 979-987. doi.org/10.1089/acm.2009.0645
Rédaction : Katia Vermette, rédactrice agréée et réviseure