Recherche scientifique
Nerf vague et massothérapie : ce que dit la science
Au cours des dernières années, le nerf vague s’est imposé comme un sujet très populaire dans les domaines de la santé, du bien-être et des thérapies complémentaires. Sur les réseaux sociaux et sur le web, on lui attribue une multitude de bienfaits, au point où il est parfois présenté comme la clé de la gestion du stress, de la récupération ou encore de la santé globale.
Principal acteur du système parasympathique, ce nerf joue un rôle central dans la régulation du système nerveux autonome. Il participe à de nombreuses fonctions dans l’organisme, par exemple la digestion et la respiration. Il contribue également au retour à l’équilibre après un événement stressant.
Or, plusieurs des effets recherchés en massothérapie (sensation de détente, soulagement des tensions musculaires, etc.) s’inscrivent dans cette dynamique de relaxation et de récupération. Certains suggèrent d’ailleurs que la massothérapie pourrait influencer l’activité vagale. Que dit réellement la science à ce sujet?
Quel rôle le nerf vague joue-t-il dans l’organisme?
Le nerf vague est le dixième nerf crânien et le principal nerf du système parasympathique, l’une des deux branches du système nerveux autonome (SNA) [1]. Alors que le système sympathique prépare l’organisme à réagir à une menace ou à un stress, le système parasympathique favorise le retour au calme et à l’équilibre. Le nerf vague joue un rôle central dans cette réponse.
Prenant racine dans le tronc cérébral, le nerf vague relie le cerveau à plusieurs organes, dont le cœur, les poumons, l’estomac et les intestins [2]. Son rôle consiste à assurer la communication entre ces organes et le cerveau.
Fait intéressant, environ 80 % des fibres qui le composent transmettent des informations des organes vers le cerveau, tandis que les autres acheminent les réponses du cerveau vers les organes [3]. Cette communication bidirectionnelle permet à l’organisme de s’adapter continuellement aux changements de son environnement interne et externe.
En raison de son rôle dans la régulation du stress et la récupération, le nerf vague suscite un intérêt croissant dans plusieurs domaines de la santé, y compris en massothérapie [1, 3].
L’effet du massage sur l’activité vagale
Les chercheurs s’intéressent depuis plusieurs années aux effets du massage sur le système nerveux autonome et, indirectement, sur l’activité vagale. Bien que plusieurs études suggèrent qu’un massage puisse favoriser une réponse parasympathique, les résultats demeurent parfois difficiles à interpréter en raison de la diversité des techniques utilisées et des indicateurs mesurés. Voici quelques travaux qui permettent d’éclairer cette question.
Le massage augmenterait l’activité parasympathique
Une étude publiée en 2020 a montré que le massage était associé à une augmentation de la variabilité de la fréquence cardiaque (VFC), un indicateur fréquemment utilisé pour évaluer l’activité du SNA (voir encadré) [4]. Cette hausse indiquerait une possible activation du système parasympathique.
Dans le cadre de cette étude, 63 femmes en bonne santé ont reçu soit un massage du nerf vague (massage de la tête et du cou avec pression modérée), soit un massage léger de l’épaule, soit aucune intervention (groupe contrôle).
Au terme de l’étude, les participantes des trois groupes présentaient une augmentation de la VFC. Cette hausse était toutefois plus importante chez les femmes ayant reçu un massage (+25 %) que chez celles du groupe contrôle (+13 %). Selon les auteurs, ces résultats sont compatibles avec une augmentation de l’activité parasympathique, possiblement par l’intermédiaire du nerf vague.
Les auteurs soulignent toutefois que la respiration influence elle aussi la VFC [4, 5]. En effet, une respiration lente et profonde tend à augmenter la VFC et l’activité parasympathique. Considérant que les personnes massées adoptent souvent une respiration lente et profonde pendant le massage, il demeure difficile de déterminer avec certitude si les changements observés résultent du massage lui-même, des modifications de la respiration ou d’une combinaison des deux facteurs.
Mesurer l’activité du SNA grâce à la variabilité de la fréquence cardiaque
Comme il est difficile de mesurer directement l’activité du nerf vague chez l’humain, les chercheurs utilisent différents indicateurs indirects. La variabilité de la fréquence cardiaque (VFC) est l’un des plus fréquemment employés dans les études cliniques [6, 7].
La VFC correspond aux variations naturelles du temps qui s’écoule entre deux battements cardiaques. Ce paramètre est souvent utilisé comme indicateur de l’activité du système nerveux autonome. Ainsi, une VFC élevée est généralement associée à une plus grande activité parasympathique et à une activité vagale accrue. Au contraire, une VFC faible indiquerait une prédominance de l’activité sympathique [7].
Dans les études sur la massothérapie, les chercheurs mesurent souvent la VFC avant et après un massage afin d’évaluer si celle-ci influence l’activité du système nerveux autonome. Une augmentation de certains paramètres de la VFC après un massage est fréquemment interprétée comme un signe d’activité vagale accrue.
Il importe toutefois de garder à l’esprit que la VFC ne mesure pas directement l’activité du nerf vague. Elle constitue plutôt un marqueur indirect influencé par plusieurs facteurs, dont l’âge, l’état de santé, le niveau de stress et l’activité physique [7].
Une pression modérée permettrait d’augmenter l’activité vagale
Certaines études suggèrent que l’intensité de la pression exercée pendant un massage pourrait influencer la réponse du système nerveux autonome.
En 2008, Miguel A. Diego et Thiffany Field ont comparé les effets d’un massage réalisé avec une pression légère ou modérée sur la variabilité de la VFC de 20 participants [8]. Chacun a reçu un massage sur chaise de 15 minutes comprenant des effleurages et des pressions au niveau du dos, des épaules et des bras.
Les chercheurs ont observé que les deux types de pression (légère ou modérée) généraient des réponses physiologiques différentes. Les participants ayant reçu un massage avec une pression modérée présentaient une augmentation de la VFC, un résultat compatible avec une plus grande activité parasympathique. À l’inverse, ceux ayant reçu un massage avec une pression légère montraient plutôt des signes associés à une activation du système nerveux sympathique.
D’autres études ont rapporté des résultats similaires, suggérant qu’une pression modérée pourrait favoriser davantage l’activité parasympathique qu’un toucher léger [8, 9].
Une réponse variable selon la technique et la région ciblée
Une revue systématique publiée en 2021 a conclu que les thérapies manuelles pourraient avoir un effet sur l’activité sympathique et parasympathique du SNA [9]. Les réponses observées varieraient toutefois selon la technique utilisée et la région du corps sur laquelle elles sont appliquées.
Les résultats suggèrent que les manipulations vertébrales, les mobilisations ainsi que certaines techniques myofasciales et crâniennes favoriseraient une activation parasympathique à court terme. Cette réponse aurait toutefois tendance à varier selon la région traitée. Ainsi, les interventions réalisées dans la partie supérieure du cou et dans la région lombaire seraient plus souvent associées à une augmentation de l’activité parasympathique, tandis que celles ciblant le bas du cou et la région thoracique supérieure seraient davantage associées à une activité accrue du système nerveux sympathique.
Ces résultats doivent toutefois être interprétés avec prudence. Les études incluses dans la revue ont été menées sur des personnes en bonne santé et utilisaient des techniques, des protocoles et des mesures physiologiques très variables. Bien qu’ils ne permettent pas de tirer des conclusions définitives, ces résultats suggèrent néanmoins que les effets des thérapies manuelles sur le système nerveux autonome dépendraient, du moins en partie, du type d’intervention et de la région du corps ciblée.
Une recherche encore embryonnaire
Les données actuelles suggèrent que la massothérapie influencerait certains paramètres associés à l’activité du système nerveux autonome, notamment des indicateurs liés à l’activité parasympathique et vagale. Certaines techniques, certaines régions du corps et certaines intensités de pression semblent favoriser davantage cette activité. Les mécanismes en jeu demeurent toutefois mal compris. De plus, les études disponibles sont encore peu nombreuses et utilisent des protocoles très variables, ce qui limite la portée des conclusions.
Dans ce contexte, il est donc difficile d’affirmer que le massage « stimule » directement le nerf vague. Des recherches supplémentaires devront être menées pour mieux comprendre et préciser l’effet du massage sur le nerf vague. Mais une chose est certaine : le massage influence l’activité du SNA et contribue à créer un contexte physiologique propice à la détente, à la récupération et au retour à l’équilibre.
À lire également
Références
[1] Breit, S., Kupferberg, A., Rogler, G. et Hasler, G. (2018). Vagus nerve as modulator of the brain-gut axis in psychiatric and inflammatory disorders. Frontiers in psychiatry, 9, 44. org/10.3389/fpsyt.2018.00044
[2] Patros, M., Sivathamboo, S., Simpson, H. D., O’Brien, T. J. et Macefield, V. G. (2025). The physiology, anatomy and stimulation of the vagus nerve in epilepsy. The Journal of Physiology, 603(8), 2201-2217. doi.org/10.1113/JP287164
[3] Ma, L., Wang, H. B. et Hashimoto, K. (2025). The vagus nerve: An old but new player in brain-body communication. Brain, Behavior, and Immunity, 124, 28-39. doi.org/10.1016/j.bbi.2024.11.023
[4] Meier, M., Unternaehrer, E., Dimitroff, S. J., Benz, A. B. E., Bentele, U. U., Schorpp, S. M., Wenzel, M. et Pruessner, J. C. (2020). Standardized massage interventions as protocols for the induction of psychophysiological relaxation in the laboratory: A block randomized, controlled trial. Scientific Reports, 10(1), 14774. doi.org/10.1038/s41598-020-71173-w
[5] De Souza, L. A., Barcelos Ferreira, J., de Oliveira Schein, A. S., Ravizzoni Dartora, D , Girardi Casali, A., Carvalho Scassola, C. M., Tobaldini, E., Montano, N., Guzzetti, S., Porta, A., Irigoyen, M. C. et Rabello Casali, K. (2018). Optimization of vagal stimulation protocol based on spontaneous breathing rate. Frontiers in Physiology, 9, 1341. doi.org/10.3389/fphys.2018.01341
[6] Juneau, M. (2017, 2 août). La cohérence cardiaque. Observatoire de la prévention de l’Institut de cardiologie de Montréal. observatoireprevention.org/2017/08/02/la-coherence-cardiaque/
[7] Marasc, J. (2013). Variabilité de la fréquence cardiaque : un marqueur de risque cardiométabolique en santé publique. Bulletin de l’Académie nationale de médecine, 1, 175-186.
[8] Diego, M. A. et Field, T. (2009). Moderate pressure massage elicits a parasympathetic nervous system response. The International Journal of Neuroscience, 119(5), 630–638. doi.org/10.1080/00207450802329605
[9] Roura, S., Álvarez, G., Solà, I. et Cerritelli, F. (2021). Do manual therapies have a specific autonomic effect? An overview of systematic reviews. PloS One, 16(12), e0260642. doi.org/10.1371/journal.pone.0260642
Rédaction : Katia Vermette, rédactrice agréée et réviseure