Actualités

Un commentaire déplacé. Un geste déviant. Une avance non désirée. Plusieurs massothérapeutes font face à des situations d’inconduites sexuelles dans leur pratique. Comment peuvent-ils reconnaître ces comportements et intervenir adéquatement afin de se sentir en confiance et en sécurité dans leur pratique?

La massothérapie a grandement évolué au cours des dernières décennies. Alors que, dans les années 80, l’approche était perçue comme une option visant la détente et le loisir, on reconnaît aujourd’hui la massothérapie comme un soin de santé et de prévention.

Pour preuve, ce sont plus de 80 % des massothérapeutes qui sont aujourd’hui consultés pour des problèmes de santé physique[1]. Des recherches démontrent également les bienfaits de la massothérapie, notamment chez les personnes vivant avec un cancer, de la douleur chronique ou un trouble de santé mentale.

Malgré tout, les comportements inappropriés et les inconduites sexuelles de la part des clients continuent d’être une réalité dans la pratique de certains massothérapeutes, hommes et femmes, qui ne savent pas toujours comment intervenir en de telles circonstances.

« On peut constater que la massothérapie a beaucoup évolué au cours des 20 dernières années, note la massothérapeute et auteure Claude-Lucie Gagnon. Aujourd’hui, on est en mesure de parler plus ouvertement des comportements déviants et d’éduquer la clientèle à ce qui est acceptable comme comportement, car on se sent soutenus en tant que massothérapeutes. »

Dans un communiqué de presse publié le 14 mai dernier, la Fédération québécoise des massothérapeutes (FQM) réitérait son soutien à ses membres qui auraient vécu une situation d’inconduite sexuelle de la part d’un client ou d’une cliente. Cet article s’inscrit donc dans la continuité des actions de la FQM visant à informer et outiller les massothérapeutes sur le sujet. L’objectif : amener des pistes de réflexion aux massothérapeutes afin de leur permettre d’intervenir efficacement lorsqu’ils ou elles font face à une situation d’inconduite sexuelle dans leur pratique.

Reconnaître le client prédisposé à l’inconduite sexuelle

La formation du massothérapeute devrait, en théorie, lui permettre de reconnaître les signaux pouvant mener à une ambiguïté dans la relation thérapeutique et, éventuellement, à un comportement déviant ou à une inconduite sexuelle chez le client.

« Le massothérapeute doit être à l’écoute du non verbal de la personne qui vient le consulter, souligne la sexologue Geneviève Rolland. Le pouvoir du client ou de la cliente qui manipulerait la relation thérapeutique est de rester dans tout ce qui est nébuleux, glauque. » Un client qui ne veut pas répondre au questionnaire santé ou dont le regard est fuyant devrait donc attirer l’attention du massothérapeute.

En outre, le toucher, les gestes de massages, l’écoute du ou de la massothérapeute pourraient être perçus de manière erronée par certains clients, plus susceptibles d’adopter des comportements inappropriés lorsqu’ils se retrouvent dans le contexte de la massothérapie.

Geneviève Rolland note par exemple le client isolé qui manque de confiance en soi. « Par le fait de recevoir un massage, ce client aura l’attention du massothérapeute et pourrait transposer sur ce dernier un besoin non nommé », explique la sexologue.

Il y a aussi le client séducteur, qui est en quête d’excellence. Celui qui trouve « exotique » le métier de massothérapeute et qui aimerait bien l’ajouter à son tableau de chasse.

Il faut cependant savoir que la présence de ces caractéristiques chez un client ou une cliente ne mène pas nécessairement à l’inconduite sexuelle. Mais lorsque le doute s’installe, le massothérapeute se doit d’intervenir.

Le mot d’ordre : clarifier une situation ambiguë

Comme dans toute relation thérapeutique, le ou la massothérapeute qui prodigue un soin se trouve en position de pouvoir par rapport à son client, car il ou elle est considéré(e) comme spécialiste du soin offert. Dans cette optique, « c’est au massothérapeute que revient la responsabilité de mettre les balises, de clarifier une situation ambiguë », note Geneviève Rolland.

Si le ou la massothérapeute juge que les intentions du client ou de la cliente ne sont pas claires, il ou elle gagnera à prendre un certain recul en cessant temporairement le massage. Comme l’explique Geneviève Rolland, cette pause « permettra au massothérapeute d’avoir une perspective d’ensemble et ainsi éviter de tomber dans un état de panique ». Pendant ce temps d’arrêt, le ou la massothérapeute pourra respirer, se centrer et analyser ce qui vient de se passer. Au besoin, il pourra mettre un terme à la séance et poliment inviter le client à se revêtir.

Par la suite, il faudra faire mention au client ou à la cliente de façon claire que son comportement est inadéquat. « Ce qui est nommé ne peut plus être ignoré », explique la sexologue, qui est cependant consciente que cela demande au massothérapeute de l’aplomb et une bonne dose de confiance en soi afin d’éviter la réaction et de miser plutôt sur l’intervention. « Je crois qu’on est titulaire de la clarification de notre rôle de thérapeute, explique Claude-Lucie Gagnon. Plus on va clarifier, plus on va démarquer ce rôle de ce qui n’entre pas dans le cadre, de ce qui n’est pas acceptable. C’est à nous d’éduquer nos clients. »

Et maintenant?

Au cours des prochaines semaines et des prochains mois, la FQM continuera d’outiller ses membres pour qu’ils soient en mesure de mieux faire face à de telles situations afin qu’ils se sentent en confiance et en sécurité dans leur pratique professionnelle.

En plus d’élaborer un atelier d’autoprotection 360°, d’accompagner et de soutenir ses membres, la FQM consacrera le numéro d’août 2018 de sa revue Le Massager à l’inconduite sexuelle dont sont parfois victimes les massothérapeutes.

Si, en tant que massothérapeute, vous avez été victime d’une inconduite sexuelle et voulez dénoncer la situation, ou avez des questions ou des commentaires sur le sujet, nous vous invitons à communiquer avec les services aux membres de la Fédération québécoise des massothérapeutes en composant le 514 597-0505 ou 1 800 363-9609. 

Référence
[1] Comité sectoriel de la main-d’œuvre des soins personnels (2016). Analyse sous-sectorielle de la main-d’œuvre du secteur de la massothérapie. Repéré à http://www.soinspersonnels.com/wp-content/uploads/2015/04/Analyse-s-sectorielle_Massoth%C3%A9rapie_VF-avec-couverture.pdf