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Note: Ce texte a été validé par le responsable des enquêtes en exercice illégal de la médecine du Collège des médecins du Québec, M. Marc Legault, avant d’être publié. 

 

Peut-on effectuer un massage sur une personne ayant un niveau de douleur supérieur à 2/10 sans être coupable de pratique illégale de la médecine ?

Cette question est sur toutes les lèvres depuis l’été 2019, alors qu’a fait surface une présentation sur l’exercice illégal de la médecine, donnée par le responsable des enquêtes du Collège des médecins, M. Marc Legault. Face aux inquiétudes des massothérapeutes, la FQM s’est fait un devoir de le rencontrer et d’échanger sur le sujet. 

« Ce n’est pas dans le ciment », a confirmé M. Legault. La FQM l’a informé sur le travail des massothérapeutes en lien avec la douleur, et il convient que la réalité est plus complexe. 

 

Ce qui est réellement illégal : traiter une déficience de la santé

Lorsque M. Legault fait référence à une douleur supérieure à 2/10, c’est pour illustrer la différence entre un inconfort et une déficience de la santé. 

Ceci s’applique au cas de figure suivant : un client se présente pour un massage avec une douleur non-diagnostiquée qui va au-delà d’un inconfort physique, et le massothérapeute effectue un traitement de cette douleur. 

Dans ce cas, le massothérapeute pratique illégalement la médecine, car il a traité une déficience de la santé. Un niveau de douleur supérieur à un inconfort pourrait être un élément de preuve lors d’une poursuite, et non pas l’accusation en tant que telle. Cet élément de preuve serait accompagné d’autres constatations, afin d’établir un jugement « hors de tout doute ».

Aussi, le niveau de douleur peut être utilisé pour établir s’il y a eu préjudice, c’est-à-dire que le massothérapeute aurait empiré la situation. C’est pourquoi les massothérapeutes doivent connaître et respecter les contre-indications au massage. Ils doivent référer lorsque nécessaire, surtout si la situation s’aggrave afin d’éviter un préjudice, qui serait une justification pour une accusation de pratique illégale de la médecine. 

 

Une réalité plus complexe 

Au-delà du cas de figure présenté ci-haut, la réalité est globalement plus complexe chez les massothérapeutes en ce qui concerne le niveau de douleur des clients. Voici quelques exemples : 

  • Des clients ayant des douleurs chroniques bien au-delà de 2/10 peuvent profiter des bienfaits de la massothérapie pour mieux gérer la douleur et améliorer leur qualité de vie. Dans ce cas, il n’y a pas tentative de traiter ou de guérir la déficience de la santé. La massothérapie vient en complément à un plan de traitement établit par un médecin. 

 

  • Des courbatures suite à l’entraînement (un inconfort musculaire) peuvent être douloureuses au-delà du niveau de 2/10, sans toutefois relever d’une déficience de la santé. Un massage adapté peut être tout à fait indiqué. Cela dit, tout signe indiquant une déficience de la santé devrait être identifié lors du questionnaire santé. Le cas échéant, le respect de certaines contre-indications (conditionnelles ou absolues) ainsi qu’une référence vers un médecin s’imposent. 

 

  • Un drainage lymphatique, offert à une personne sans douleur et qui présente certaines contre-indications majeures, pourrait avoir de graves conséquences, incluant la mort. Le niveau de douleur n’est donc pas un critère absolu pour établir s’il y a risque de préjudice, et ne remplace pas un questionnaire santé complet, avec une bonne connaissance des contre-indications à la technique de massage utilisée. 

Ces exemples, parmi d’autres, montrent que masser une personne en se fiant simplement au niveau de douleur n’est pas automatiquement lié à un préjudice ou à la pratique illégale de la médecine

 

Que dit vraiment la loi médicale ? 

La loi médicale ne fait aucune mention du niveau de douleur. Par contre, celui-ci peut être utilisé comme élément de preuve afin de démontrer que le thérapeute aurait tenté de traiter une déficience de la santé. Le niveau de douleur serait alors accompagné d’autres éléments de preuve, afin que le juge puisse prendre une décision « hors de tout doute ». 

Il est donc important de comprendre que plusieurs éléments doivent être cumulés afin d’être accusé de pratique illégale de la médecine. Il est vrai que dans certains cas, une seule action peut être suffisante (par exemple les traitements invasifs, incluant la prescription de l’irrigation du colon). 

Cependant, contrairement à ce qui a été véhiculé sur les médias sociaux suite à l’accusation récente d’un massothérapeute récidiviste (non membre), il est faux de croire que seul le niveau de douleur aurait mené à son accusation. En réalité, une multitude d’éléments incriminants, qui n’ont pas été rendus publics, ont mené aux nombreuses accusations auxquelles il a plaidé coupable. 

 

Que faire pour pratiquer en toute légalité ? 

Tout revient à notre éthique professionnelle et au code de déontologie, qui a justement été développé afin de pratiquer légalement et en complémentarité. Voici quelques points importants à se remémorer :

  • Ne pas « jouer au médecin » : diagnostiquer, traiter et prescrire, 

 

  • Bien connaître et respecter les contre-indications des techniques de massage (conditionnelles et absolues), afin de ne pas causer de préjudice. À cet effet, le questionnaire santé est un outil crucial qu’il est important d’utiliser, 

 

  • Respecter les champs de compétences des professionnels de la santé, et référer aux médecins lorsque l’on soupçonne une déficience de la santé non diagnostiquée, 

 

  • Se présenter de manière professionnelle sur Internet et en personne, sans laisser croire au traitement de déficiences de la santé (le « laisser croire » à la pratique médicale fait partie des accusations pour exercice illégal de la médecine). 

 

Recommandations supplémentaires

La FQM espère avoir pu éclairer les massothérapeutes sur les questionnements relatifs au niveau de douleur supérieur à 2/10. Cela dit, la pratique illégale de la médecine est un sujet beaucoup plus large.

Afin de répondre aux interrogations en général, la FQM a déjà publié les conclusions d’une opinion juridique sur le sujet. Ces recommandations se trouvent sur notre blogue dans la section Actualités, incluant un tableau résumé facile à survoler. 

Vous pouvez également consulter le Code de déontologie des massothérapeutes agréés de la FQM.

 

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