« En ce moment, à l’endroit même où vous vous trouvez, il y a une maison qui porte votre nom. Vous en êtes l’unique propriétaire, mais il y a très longtemps, vous en avez perdu les clefs. Ainsi, vous restez dehors, ne connaissant que la façade. Vous ne l’habitez pas. Cette maison, abri de vos souvenirs les plus enfouis, refoulés, c’est votre corps.

« Si les murs pouvaient entendre… Dans la maison de votre corps, ils peuvent. Ces murs qui ont tout entendu et jamais rien oublié, ce sont vos muscles. Dans les raideurs, les crispations, dans les faiblesses et dans les douleurs des muscles de votre dos, de votre diaphragme, de votre cœur, et aussi de votre visage et de votre sexe se révèle toute votre histoire, de la naissance à aujourd’hui. »

C’est en ces termes que Thérèse Bertherat, kinésithérapeute française et créatrice de l’Antigymnastique, s’adressait à son lectorat dans son premier livre paru en 1976 et qui avait eu l’effet d’une petite bombe, Le corps a ses raisons[1]. Quarante ans plus tard, même si nous ne pouvons plus nier que le corps, l’esprit et les émotions fonctionnent en synergie, il demeure difficile de tendre vers cette unité.

Une invitation à habiter son corps

L’Antigymnastique est une méthode de bien-être corporel basée sur l’écoute et la connaissance du corps. Pas n’importe quel corps. Pas celui qu’on devrait avoir, selon la mode du moment, ou qu’on aimerait avoir, mais celui qu’on a maintenant, avec ses forces, ses imperfections, son potentiel.

Grâce à des mouvements simples, lents, précis et inhabituels (doigts dans la bouche, dans les plis de l’aine, main dans l’aisselle…), cette méthode permet de se (re)découvrir, de sentir des muscles dont on a perdu la commande et de redonner vie à des régions du corps oubliées depuis longtemps.

L’Antigymnastique amène ainsi le corps à se remodeler, entraînant un meilleur équilibre de la force et une diminution progressive des tensions à l’origine de douleurs au dos, à la nuque, aux jambes notamment.

Elle a également un effet apaisant puisqu’elle délie le corps tout entier. L’épaule se relâchant, le bien-être s’installe dans l’épaule, mais aussi dans la cage thoracique, car le corps, on le sait, est un tout, ses parties sont interdépendantes. On respire alors mieux, plus profondément. On retrouve de la mobilité. On prend confiance en soi. On prend sa place, sa juste place.

À quoi ressemble une séance de mouvements?

En petits groupes de cinq ou six personnes, on tente de s’approprier ou de se réapproprier son corps. Les mouvements sont autant d’expériences pour permettre d’observer, de réfléchir, de constater ce qu’il est possible de faire et ce qu’il ne l’est pas encore. Il n’y a pas de bonne manière de procéder. Il y a sa manière, celle « imposée » par la condition qui est la sienne en ce moment. On apprend à faire confiance à ses perceptions, à se « voir » de l’intérieur plutôt qu’à se définir par le regard des autres.

De nouveaux territoires sont explorés, tels le périnée, le sacrum, la nuque, la mandibule, et la plupart du temps, dans le plaisir plutôt que la douleur.

On se rapproche de sa forme naturelle, celle qui respecte ses structures anatomiques. Ainsi, pour être belles, nos jambes n’ont pas besoin d’être fuselées et interminables, mais simplement d’avoir leur pleine longueur, de ne pas être raccourcies par des torsions de hanches, de genoux, de chevilles.

Une expérience parfois déstabilisante

Sur papier, la proposition est alléchante. Voilà une méthode qui peut nous aider à vivre dans un corps sans douleur, souple, tonique et performant. Oui, mais en ne perdant pas de vue que le voyage ne saurait être entièrement défini à l’avance ni exempt de tout obstacle. Dans le concret, le chemin emprunté au fil des séances peut parfois nous laisser seul et sans repères.

Derrière nos raideurs, nos contractures se cachent très souvent une souffrance passée, un accident, un incident oublié. Les muscles de notre corps ont réagi aux événements de notre vie, même ceux que nous avons oubliés, surtout ceux que nous avons longtemps oubliés. Des émotions peuvent ressurgir, des images, des souvenirs. On peut se mettre à pleurer ou se mettre en colère en faisant un mouvement pourtant très simple. Parfois, on trouve à quoi correspond ce sanglot, cette saute d’humeur ; parfois non.

De mouvements en mouvements, il arrive que des fissures apparaissent, que des fondations tremblent, que la structure menace de s’effondrer. Est-ce le corps construit, déformé année après année par des gestes usants et répétitifs, qui exprime ses malaises, ses peurs ou s’agit-il de l’émergence d’une nouvelle organisation corporelle?

Des questions semblables peuvent jaillir pendant une séance. Et peuvent rester sans réponse suffisamment longtemps pour rendre inconfortable.

Si l’Antigymnastique est une méthode rigoureuse, elle est surtout subversive, en ce sens qu’elle remet en cause nos idées reçues et notre « organisation ». Elle peut bouleverser notre rapport au corps, à nous-mêmes, aux autres, à la vie en général, à notre vie en particulier. Elle peut donner lieu à un travail sous-terrain d’une grande exigence.

Notre corps, a écrit Thérèse Bertherat,  est intelligent, il a une histoire, de la mémoire. Il mérite mieux qu’une domestication forcée et un dressage systématique. Si nous le laissions nous guider?

 

Pour en savoir plus sur l’Antigymnastique et trouver une praticienne ou un praticien certifié, visitez le site www.antigymnastique.com.

RÉFÉRENCE
[1]. BERTHERAT, Thérèse. Le corps a ses raisons : auto-guérison et anti-gymnastique, Paris, Éditions du Seuil, 1976, page 9.

 

Rédaction❚ Christiane Tremblay, praticienne certifiée en Antigymnastique Thérèse Bertherat 
Certains propos ont été inspirés ou tirés d’écrits de Marie Bertherat, la fille de Thérèse Bertherat, elle-même praticienne de la méthode.