Le Massager

TENDINITE, ÉPICONDYLITE, CAPSULITE ADHÉSIVE, BURSITE. VOILÀ AUTANT DE TROUBLES DE L’ARTICULATION POUVANT MENER UN INDIVIDU À CONSULTER EN MASSOTHÉRAPIE. BIEN QUE CES PATHOLOGIES ARTICULAIRES SOIENT CLASSÉES PARMI LES TROUBLES MUSCULO-SQUELETTIQUES AVEC INFLAMMATION, CHACUNE D’ENTRE ELLES PRÉSENTE SES PROPRES CARACTÉRISTIQUES. AFIN D’INTERVENIR LE PLUS EFFICACEMENT POSSIBLE AUPRÈS DE VOTRE CLIENT POUR SOULAGER SA DOULEUR ET LUI PERMETTRE DE REGAGNER SA MOBILITÉ, VOUS AUREZ AVANTAGE À DISTINGUER LES PATHOLOGIES ARTICULAIRES AVEC INFLAMMATION LES PLUS SOUVENT RENCONTRÉES EN MASSOTHÉRAPIE.

L’ARTICULATION NORMALE

Point de contact entre deux ou plusieurs os, l’articulation assure une grande mobilité à notre corps. En effet, elle joint entre eux les os du squelette, ce qui nous permet notamment de marcher et de parler. L’articulation peut être soit mobile (ex.: coude, genou), semi-mobile (ex.: vertèbres) ou immobile (ex.: jonction entre les os du crâne).

Une pathologie articulaire s’observe lorsqu’une structure de l’articulation mobile se trouve en déséquilibre. Normalement, une couche de cartilage recouvre les os, qui sont attachés entre eux par les ligaments. Le liquide synovial, contenu dans la membrane synoviale, assure la lubrification de l’articulation et empêche la friction des os entre eux. L’articulation est délimitée par la capsule articulaire et, à l’extérieur de celle-ci, on retrouve les muscles, attachés aux os par les tendons, et la bourse séreuse, qui agit comme un coussin afin d’éviter le contact direct entre l’os et le tendon. Ainsi, en fonction de la structure articulaire touchée, on reconnaîtra la lésion comme étant une tendinopathie, une bursite ou une capsulopathie.

LES TENDINOPATHIES

Elles englobent toutes les pathologies affectant le tendon. La mieux connue est certainement la tendinite, qui survient lorsque le tendon devient incapable de se déplacer librement à l’intérieur de la gaine dans laquelle il est gardé en place. Apparaît alors une inflammation caractérisée par une rigidité et une douleur articulaire. Cette douleur, qui peut s’installer graduellement et parfois même irradier à distance de l’articulation, tend à s’accentuer lors de mobilisations actives, c’est-à-dire lorsque le mouvement articulaire est engendré par une contraction musculaire volontaire, et à se calmer au repos. Il est également possible d’observer un gonflement de l’articulation touchée.

Bien que la tendinite puisse affecter n’importe quel tendon du corps, ceux de l’épaule, du genou, du coude, du poignet, de la hanche et le tendon d’Achille sont les plus fréquemment touchés. Dans la plupart des cas, l’inflammation apparaît à la suite de l’exécution de mouvements répétitifs ou en raison d’une sollicitation excessive du tendon. Ainsi, les sportifs, certains travailleurs (ex.: musiciens) et ceux qui adoptent une mauvaise posture sont plus susceptibles de développer une tendinite. Des facteurs de risque tels que l’âge et la présence d’anomalies métaboliques (ex.: diabète, goutte, déséquilibre de la glande thyroïde) peuvent également prédisposer un individu à ce type de pathologie articulaire.

L’épicondylite, une autre forme de tendinopathie, est également fréquente chez les sportifs et les travailleurs effectuant des mouvements répétitifs. Lorsqu’elle touche le tendon externe du coude, comme c’est souvent le cas chez les joueurs de tennis, on parle de « tennis elbow ». L’épicondylite est également courante chez les joueurs de golf. Elle affecte alors le tendon interne du coude, d’où son appellation populaire « golfer’s elbow ». Notez que l’épicondylite peut aussi être provoquée par une inflammation des muscles extenseurs des poignets et des doigts.

LA BURSITE

Il s’agit de l’inflammation d’une bourse séreuse, cette petite structure servant d’amortisseur lors du déplacement des tendons et des muscles sur les os. Il en résulte une douleur vive dans l’articulation touchée, qui est exacerbée lors de mouvements et qui persiste souvent au repos. Une enflure et une rougeur de l’articulation sont également envisageables. Souvent secondaire à une tendinopathie, la bursite peut évoluer vers une condition chronique, auquel cas la douleur tend à devenir plus insidieuse.

La bursite affecte l’épaule plus fréquemment que les autres articulations du corps. Néanmoins, la hanche, le coude, le genou et la base du gros orteil peuvent aussi être le siège d’une inflammation de la bourse séreuse. À l’instar de la tendinopathie, la bursite apparaît généralement en réponse à l’exécution de mouvements répétitifs ou en raison d’une blessure de l’articulation. Par contre, il peut parfois s’agir d’une infection. Dans un tel cas, on observera, outre une rougeur, une douleur et un gonflement, une chaleur irradiant de l’articulation. Si vous soupçonnez la présence d’une bursite infectieuse, il est important de référer le client à un médecin afin d’établir un diagnostic et d’entreprendre un traitement antibiotique.

LES CAPSULOPATHIES

Regroupant les pathologies affectant la capsule articulaire, les capsulopathies touchent principalement l’épaule. La plus souvent observée est certainement la capsulite adhésive ou l’épaule gelée (« frozen shoulder »), qui se présente par de la douleur et une rigidité dans l’articulation. Parce que l’intensité de la douleur augmente au repos, le sommeil se trouve souvent perturbé en présence d’une capsulite. Sans traitement, la pathologie disparaît d’elle-même en quelques mois ou quelques années (en moyenne 30 mois). Des manœuvres travaillant l’amplitude de mouvement accélèrent cependant la guérison de la capsulite.

On reconnaît trois phases à la capsulite. La phase de douleur se caractérise par un début insidieux et pénible où l’épaule perd graduellement en mobilité. Vient ensuite la phase d’enraidissement, pendant laquelle la douleur diminue, laissant place à une articulation très rigide dont les mouvements sont limités. Finalement, la phase de récupération spontanée, qui se caractérise par un gain graduel dans l’amplitude de mouvement de l’épaule et une guérison de l’articulation.

Bien que les capsulopathies apparaissent parfois sans raison apparente, elles sont souvent secondaires à la survenue d’un événement distinct, un facteur déclencheur. En effet, plusieurs cas se développent lorsque l’épaule se trouve immobilisée pendant une période plus ou moins prolongée, par exemple lors de la fracture d’un bras, d’un accident vasculaire cérébral ou encore de la convalescence suivant une chirurgie. Il est intéressant de noter que certains facteurs augmentent le risque d’apparition d’une capsulopathie, notamment le fait d’être âgé de plus de 40 ans, d’être une femme ou de souffrir d’une pathologie comme le diabète, un trouble de la thyroïde ou la maladie de Parkinson.

PATHOLOGIES ARTICULAIRES : LE RÔLE DU MASSOTHÉRAPEUTE

Plus qu’une technique visant à atteindre un état de bien-être et de calme, la massothérapie tend à s’intégrer progressivement, comme approche complémentaire, dans notre système de santé. En effet, parce qu’il détend les muscles et améliore la mobilité articulaire, le massage constitue une intervention des plus intéressantes en présence d’une tendinopathie, d’une capsulopathie ou d’une bursite.

En tant que massothérapeute agréé, votre objectif est donc d’élaborer un plan d’action adapté à l’état de votre client. Pour y arriver, il vous faudra dresser son questionnaire santé, en veillant à le mettre à jour lors de chaque consultation afin de pouvoir constater la progression ou la régression dans sa condition.

Afin d’établir le questionnaire santé le plus représentatif possible, vous devrez d’abord questionner votre client (raison de la consultation, symptômes, pathologies, médicaments, travail, blessures antérieures, etc.). Dans le cas plus précis d’une pathologie articulaire, il vous faudra cibler la douleur du client (où se situe-t-elle ? Quand est-elle apparue ? Est-elle présente au repos ?). Enfin, un examen plus approfondi, utilisant notamment la palpation, permettra de vérifier la présence de signes d’inflammation dans l’articulation touchée. On recherchera par exemple la rougeur, la chaleur, l’œdème (enflure) et la douleur.

Le questionnaire santé constitue la pierre angulaire de toute intervention en massothérapie. En effet, le choix des techniques et des manœuvres à utiliser, tout comme l’établissement du plan d’action, repose sur le questionnaire santé et sur les bénéfices escomptés. Veut-on soulager la douleur, réduire l’inflammation, améliorer l’amplitude de mouvement, apporter un flux sanguin ou lymphatique vers l’articulation ? Parce que plusieurs techniques de massage peuvent être utilisées en présence de pathologies articulaires, il vous faudra faire des choix.

Finalement, il faut garder en tête les limites imposées par la pratique de la massothérapie. En tant que massothérapeute agréé, vous possédez des connaissances spécifiques à votre domaine d’expertise. Ainsi, lorsque vos compétences ne vous permettent pas d’intervenir efficacement auprès d’un client, et tel que le stipule l’article 9 du code de déontologie(1), il faut savoir le diriger vers une autre discipline (ex.: physiothérapeute, ostéopathe, acupuncteur) et tirer profit de l’inter collaboration, plus présente que jamais dans notre système de santé.

Rédaction KATIA VERMETTE

RÉFÉRENCE
1 Article 9 – Code déontologie de la Fédération québécoise des massothérapeutes. Dans l’exercice de ses fonctions, le membre doit tenir compte des limites de ses aptitudes, de ses connaissances ainsi que des moyens dont il dispose. Il ne doit pas, notamment, entreprendre des services pour lesquels il n’est pas suffisamment préparé ou formé sans obtenir l’assistance nécessaire.
SOURCES
Passeportsanté.net. (2004). Anatomie des articulations: notions de base. Repéré à http://www. passeportsante.net/fr/Maux/Problemes/ArticleInteret.aspx?doc=latr_anatomie_lefrancois_2004_pm
Marieb, E. N. (2005). Anatomie et physiologie humaines. (3e édition). Saint-Laurent: Éditions du Renouveau Pédagogique Inc., 1288 p.
American College of Rheumatology. (2015). Tendinitis (Bursitis). Repéré à http://www.rheumatology.org/I-Am-A/Patient-Caregiver/Diseases-Conditions/Tendinitis-Bursitis National Institute of Arthritis and Musculoskeletal and Skin Diseases. (2013).
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The pathophysiology associated with primary (idiopathic) frozen shoulder : A systematic review. BMC Musculoskeletal Disorders (2016) 17:340.
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The pathophysiology associated with primary (idiopathic) frozen shoulder : A systematic review. BMC Musculoskeletal Disorders, 17, p. 1-21. Repéré à 10.1186/s12891-016-1190-9