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On entend de plus en plus parler de santé intégrative. Mais sauriez-vous en expliquer le concept ? Chantal Levesque, M. Sc. Santé publique et responsable de programmes à l’Université de Montréal, a fait le point sur le sujet lors de la conférence d’ouverture du dernier symposium de la FQM portant sur la massothérapie en santé intégrative.

C’est sur un ton léger, mais assumé que Chantal Levesque a ouvert le symposium 2019 de la FQM. Celle que l’on peut qualifier d’experte de l’approche en santé intégrative a démontré aux massothérapeutes agréés toute l’étendue du concept et a confirmé la place de la massothérapie en tant qu’approche complémentaire en santé intégrative.

Le concept de santé intégrative en 2019

Il existe de nombreuses définitions au concept de santé intégrative. Il est cependant possible d’en dégager certains éléments communs. Ainsi, on reconnaît que la santé intégrative :

  • s’intéresse à la personne dans sa globalité, c’est-à-dire dans ses dimensions physique, émotionnelle, mentale, sociale et spirituelle ;
  • considère les données probantes autant que les pratiques émergentes ;
  • combine les approches thérapeutiques conventionnelles et complémentaires ;
  • intègre la collaboration interprofessionnelle ;
  • tient compte de la culture et des préférences de chacun.

Il est également important de noter que l’approche en santé intégrative considère la santé, incluant sa promotion et la prévention, et non pas seulement la maladie. Comme l’explique Chantal Levesque, « plusieurs des dimensions existent déjà dans notre système de santé et dans les pratiques professionnelles, il s’agit maintenant, tous ensemble, de renforcir ce qui existe et de favoriser une plus grande acceptabilité et la démocratisation à l’égard des approches complémentaires et de la collaboration ».

Les approches complémentaires et la santé intégrative

Comme il a été mentionné, les approches complémentaires, par exemple l’acupuncture, l’ostéopathie et, bien entendu, la massothérapie, sont incluses dans le concept de santé intégrative. Une nuance s’impose cependant. D’un côté, on reconnaît que les approches complémentaires sont accessibles à la population et, dans ce contexte, qu’elles sont largement utilisées. À cet effet, ce seraient 69 % des Québécoises et des Québécois qui auraient déjà utilisé des approches complémentaires à l’offre de soins conventionnels [1]. D’un autre côté, ces approches ne sont pas d’emblée incluses à l’offre de services du réseau de la santé.

Parmi les facteurs pouvant expliquer cette observation contradictoire, on note la formation limitée des professionnels de la santé par rapport aux approches complémentaires. En effet, même si de plus en plus d’instances du domaine de la santé, par exemple l’Organisation mondiale de la santé [2], se positionnent en faveur de la santé intégrative et des approches complémentaires, il n’en demeure pas moins que les professionnels se sentent peu outillés pour informer leurs patients sur le sujet.

Une étude de Gaboury et ses collaborateurs montre effectivement que la majorité des médecins (86,7 %) considère qu’il est de leur devoir de répondre aux questions de leurs patients portant sur les approches complémentaires [3]. Pourtant seulement 33,1 % d’entre eux considèrent avoir les compétences pour le faire. Après avoir mené un sondage auprès des étudiants de la Faculté de l’éducation permanente de l’Université de Montréal, Chantal Levesque en est arrivée à des résultats similaires.

Il va sans dire que l’approche en santé intégrative gagne en popularité, et ce, auprès non seulement de la population, mais aussi des professionnels de la santé et des instances gouvernementales. De nombreuses études et initiatives prennent place partout dans le monde et font état des bénéfices potentiels de la santé intégrative et du recours aux approches complémentaires : réduction des coûts en santé, du nombre de consultations médicales et du taux de mortalité, ralentissement de la progression de certaines maladies, amélioration de la santé et du mieux-être des professionnels de la santé, etc.

Somme toute, l’approche en santé intégrative a fait ses preuves. Reste maintenant à l’appliquer à grande échelle !

À propos de Chantal Levesque

Chantal Levesque a fait des études supérieures en santé publique, en science politique et en santé intégrative. Elle est responsable de la gestion, de l’évaluation et de la création de programmes et de formations universitaires dans le domaine de la santé et des services sociaux à la Faculté de l’éducation permanente (FEP) de l’Université de Montréal. Elle occupe aussi des fonctions de chargée de cours et de formatrice en santé intégrative à la FEP. Elle a cofondé le Mouvement québécois pour la santé intégrative et siège sur le Canadian Academic Consortium for Integrative Health Education où elle participe à l’élaboration d’un référentiel de compétences pour les professionnels de la santé.

 

 

Pour en savoir plus sur l’approche en santé intégrative :

[1] Esmail, N. (2017). Fraser Institute — Complementary and alternative medicine: Use and public attitudes 1997, 2006, and 2016 [PDF]. Repéré à https://www.fraserinstitute.org/studies/complementary-and-alternative-medicine-use-and-public-attitudes-1997-2006-and-2016
[2] Organisation mondiale de la santé. (2014). Stratégie de l’OMS pour la médecine traditionnelle pour 2014-2023 [PDF]. Repéré à https://apps.who.int/iris/bitstream/handle/10665/95009/9789242506099_fre.pdf;jsessionid=D9298DBC9BC9E283BB79EEC5EE2CDF85?sequence=1
[3] Gaboury, N. et coll. (2016). Médecine alternative et complémentaire – Les médecins se considèrent-ils en mesure de répondre aux exigences du Collège des médecins du Québec ? Canadian Family Physician, 62(12):e767-e771.

Rédaction ❚ KATIA VERMETTE, réd. a.