Le Massager

Légende photo : Louis Bourdages, massothérapeute agréé, enseignant en éthique et formateur en déontologie

 

MALGRÉ UNE PRÉPARATION ET UNE FORMATION ADÉQUATE, L’INCONDUITE SEXUELLE PEUT TOUT DE MÊME SURVENIR EN MASSOTHÉRAPIE. QUELS SONT LES RECOURS DU MASSOTHÉRAPEUTE ?

Les crimes à caractère sexuel sont rarement dénoncés. Selon le Regroupement des Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS)1 , à peine 5 % seraient rapportés à la police. En outre, sur 1 000 plaintes pour agression sexuelle, seulement trois se solderaient en une condamnation.

Les victimes d’inconduites sexuelles hésitent souvent à dénoncer leur agresseur. EIles se sentent coupables. EIles ne sont pas certaines si le geste de leur client est condamnable par la Loi. EIles ont peur des représailles. Il faut savoir qu’il existe différentes portes vers lesquelles le massothérapeute victime d’une inconduite sexuelle peut se tourner pour obtenir de l’aide.

MAIS TOUT D’ABORD, CE QUE DIT LE CODE DE DÉONTOLOGIE…

Le code de déontologie présente les grandes orientations de la FQM pour guider les massothérapeutes agréés dans leur pratique professionnelle. L’objectif de ce document est ultimement d’assurer la protection du public.

Le massothérapeute victime d’une inconduite sexuelle peut se tourner vers son code de déontologie pour déterminer ce qu’il est en droit de faire par rapport à ce genre de situation. On ciblera, entre autres, les articles suivants :

Article 16 : Le membre doit s’abstenir d’exercer sa profession s’il se sent vulnérable au point de vue affectif, psychologique, physique ou sexuel.

Article 26 : Le membre ne peut, sauf pour des motifs justes et raisonnables, cesser ou refuser de donner des services nécessaires à un client. Aux fins des présentes, constituent des motifs justes et raisonnables : […] tout comportement inapproprié du client par rapport au membre.

Si l’on se fie au code de déontologie, un massothérapeute peut donc, s’il se sent vulnérable, refuser de recevoir un client ou cesser un soin en cours. 

Mais attention ! Il ne suffit pas de connaître les règles régissant la pratique du massothérapeute pour appliquer le code de déontologie. Il faut aussi considérer le côté éthique de la situation. « La déontologie est assez précise quant à ce que le professionnel doit faire ou éviter dans les situations courantes de la pratique, souligne Louis Bourdages, massothérapeute, enseignant en éthique et formateur en déontologie. L’éthique ne définit pas à l’avance la conduite appropriée. Elle propose plutôt une méthode réflexive, un appel à la réflexion pour savoir quelle conduite adopter. Elle invite le professionnel à réfléchir sur les valeurs qui motivent son action, et à choisir, sur cette base, la conduite la plus appropriée dans une situation donnée. »

De cette manière, le code de déontologie sera ultimement interprété de manière différente selon, notamment, les capacités du massothérapeute, ses limites et ce qu’il considère comme approprié ou non chez son client. « La notion de vulnérabilité est également différente d’une personne à l’autre, souligne Louis Bourdages. Il faut donc apprendre à bien se connaître pour être en mesure de bien intervenir. »

LES CENTRES D’AIDE AUX VICTIMES D’ACTES CRIMINELS (CAVAC)

L’inconduite sexuelle n’étant pas clairement définie, elle soulève plusieurs interrogations et met en lumière plusieurs zones grises quant aux recours possibles pour les victimes. Qu’ai-je fait pour que cette situation survienne ? S’agit-il d’une inconduite sexuelle ? Si je porte plainte à la police, serais-je entendu ?

« Au CAVAC, notre travail ne consiste pas à dire à une personne si elle doit ou non porter plainte à la police, mais plutôt à lui donner toute l’information, la plus juste possible, afin qu’elle puisse prendre la meilleure décision pour elle », explique Sophie Bergeron, directrice générale du CAVAC Centre-du-Québec. Dans tous les CAVAC de la province, les équipes sont multidisciplinaires et incluent des membres d’ordres professionnels tels que des travailleurs sociaux, des criminologues, des sexologues et des psychologues. L’information et le soutien sont donc accessibles à plusieurs niveaux.

En outre, tous les CAVAC comptent, au sein de leur équipe, une agente de liaison en violence sexuelle. « Cette personne a notamment le mandat de soutenir les personnes victimes de toutes formes d’agression sexuelle, dont celles qui sont victimes d’une inconduite sexuelle. Ce soutien, offert en collaboration avec toute l’équipe d’intervention du CAVAC, est proposé que les personnes victimes aient ou non la possibilité ou souhaitent se diriger vers la police », souligne Sophie Bergeron. De cette manière, si un massothérapeute a des questions sur une situation qu’il a vécue et qu’il juge inappropriée, il peut obtenir un soutien auprès du CAVAC afin d’être éclairé sur les décisions à prendre selon sa situation.

LES SERVICES DE POLICE

Tout dépendant de la gravité de l’inconduite sexuelle et de la volonté de la victime à poursuivre un éventuel processus judiciaire, la police constitue un autre recours pour le massothérapeute.

Claudia Cavaliere fait partie des victimes qui ont choisi de se tourner vers la police pour signaler leur agresseur. La jeune femme est massothérapeute agréée depuis février 2018 et travaille depuis dans un spa. En avril dernier, elle a prodigué un massage d’une heure à un homme, comme elle le fait régulièrement.

Tout se déroulait normalement dans la salle de massage. Mais à la fin du soin, l’homme a commencé à se tortiller. Comme elle l’a appris dans sa formation, Claudia a nommé ce qu’elle observait et a questionné son client pour savoir s’il était inconfortable. Il lui a répondu que tout allait bien. Mais, rapidement, les choses ont dégénéré et l’homme a glissé la main sous les couvertures pour se masturber, après quoi il a demandé à la jeune femme de continuer le massage. Claudia a quitté la salle, incapable de prononcer un mot. 

La massothérapeute s’est rendue au poste de police pour signaler l’homme. Accompagnée de son employeur, elle a pu fournir un enregistrement vidéo du client, qui avait utilisé un nom et un numéro de téléphone fictif.

L’EMPLOYEUR

S’il travaille dans un spa, un centre de santé ou une autre installation où il offre des soins, le massothérapeute gagnera à ouvrir la discussion avec son employeur au sujet des inconduites sexuelles. En établissant ensemble ce qui constitue un comportement acceptable et un autre inacceptable, le massothérapeute doutera moins de lui s’il fait face à ce genre de comportement dans son milieu de travail. 

Il est également possible, pour un employeur, de mettre en place un protocole en cas d’inconduite sexuelle. Ce protocole pourrait, par exemple, définir l’inconduite sexuelle et en donner des exemples, en plus d’établir une marche à suivre dans l’éventualité où le massothérapeute aurait à faire face à une telle situation.

Le spa où travaille Claudia a établi de nouvelles règles à l’interne. Ainsi, depuis l’incident, tout client doit notamment fournir une pièce d’identité s’il désire recevoir un massage dans cet établissement.

LA FÉDÉRATION QUÉBÉCOISE DES MASSOTHÉRAPEUTES (FQM)

La mission de la FQM est de supporter les massothérapeutes dans leur pratique professionnelle. Pour ce faire, le secteur des services aux membres s’assure d’offrir un accompagnement et un soutien personnalisé à tous ses membres, peu importe la situation professionnelle à laquelle ils font face.

Au cours des prochains mois, différents outils seront développés et mis de l’avant par la FQM pour permettre aux massothérapeutes de mieux intervenir lorsqu’ils font face à une situation d’inconduite sexuelle. On parle, par exemple, de fiches-conseils pratiques et d’ateliers animés par des experts.

Prochainement, il sera également possible pour les massothérapeutes de s’inscrire à un atelier d’autoprotection 360˚. Cet atelier présentera le cadre légal et les procédures judiciaires entourant la dénonciation d’une inconduite sexuelle, tout en abordant les facteurs de risque pour l’adoption de gestes à caractère sexuel par les clients.

Bref, le travail se poursuit pour que les massothérapeutes puissent pratiquer leur métier en se sentant en confiance et en sécurité, et ce, en tout temps.

RÉFÉRENCE
1 Regroupement québécois des Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel. Quelques statistiques générales concernant les agressions sexuelles au Québec.
Repéré à http://www.rqcalacs.qc.ca/statistiques.php

 

POUR JOINDRE LES SERVICES AUX MEMBRES DE LA FQM :

Téléphone : 514 597-0505

Sans frais : 1 800 363-9609

Courriel : administration@dev.fqm.qc.ca

 

Rédaction KATIA VERMETTE

katiavermette@hotmail.com

LE MASSAGER AOÛT 2018