L’ABC des maux de tête

Dossiers

Nous avons toutes et tous, un jour ou l’autre, souffert de maux de tête. Sauriez-vous les reconnaître chez vos clients afin d’adapter votre soin de massothérapie ?

On dénombre plus d’une centaine de types de maux de tête, que l’on appelle aussi céphalées. Ces maux sont causés par l’activation, dans le cerveau, de zones impliquées dans la modulation de la douleur. Les mieux connus et les plus fréquents dans la population sont la céphalée de tension et la migraine. Voici quelques informations pratiques qui vous aideront à les distinguer.

Céphalées primaires ou secondaires ?

On regroupe les maux de tête en deux grandes catégories, soit les céphalées primaires et les céphalées secondaires, qui diffèrent selon l’origine de la douleur.

On fera référence à une céphalée secondaire lorsque la douleur découle d’un état ou d’une maladie présente chez la personne (ex. : sinusite, tumeur, consommation excessive d’alcool, anomalie vasculaire, épilepsie, traumatisme). Dans ce cas, la condition initiale entraînera la stimulation des nerfs responsables de détecter la douleur dans le cerveau, provoquant ainsi un mal de tête.

Les céphalées primaires, quant à elles, ne sont associées à aucune lésion physique visible. On parlera plutôt d’un dysfonctionnement de certaines zones du cerveau impliquées dans la modulation de la douleur. La céphalée de tension et la migraine figurent parmi les céphalées primaires.

« Dans la population, la céphalée de tension est le type de mal de tête le plus fréquent, affirme Dre Marzieh Eghtesadi, médecin spécialisée en maux de tête à la Clinique des céphalées du CHUM. Mais la migraine est le mal de tête qui amène le plus souvent les gens à consulter un médecin en raison de l’invalidité qui y est associée. » Faisons le point sur ces deux pathologies.

La céphalée de tension

On estime que le tiers de la population vivant en Amérique souffre de céphalées de tension chaque année [1]. Ce mal de tête, qui apparaît généralement pendant l’adolescence, tend à augmenter en fréquence pendant la trentaine et à s’estomper par la suite. Dans la plupart des cas, la céphalée de tension incommode légèrement, mais pas suffisamment pour nécessiter une consultation médicale.

La céphalée de tension est décrite le plus souvent comme une douleur bilatérale diffuse, une pression ou un serrement en bandeau au niveau de la tête. La douleur est non pulsatile et n’est pas aggravée par l’effort physique. Le risque de souffrir d’une céphalée de tension augmente cependant en période de stress.

Comme son nom l’indique, la céphalée de tension est souvent associée à des tensions musculaires au niveau de la tête, du cou et des épaules, lesquelles peuvent être observées à la palpation. La prise de médicaments comme l’acétaminophène ou l’ibuprofène suffit généralement à soulager la douleur liée à ce mal de tête. Un relaxant musculaire peut parfois être utile.

Dans la plupart des cas, les céphalées de tension se présenteront sous une forme épisodique, c’est-à-dire qu’elles seront présentes moins de 15 jours par mois. On estime que 1 % à 3 % des personnes souffrant de céphalées de tension verront cependant leur condition évoluer vers une forme chronique [1], que l’on définit par la présence de maux de tête pendant plus de 15 jours par mois. Dans tous les cas, une céphalée de tension sévère et mal contrôlée peut nuire à la qualité de vie et avoir un impact considérable sur le bon fonctionnement d’un individu, sur son moral et sur son sommeil.

La migraine

On estime qu’un adulte sur dix (10,6 %) vit avec des migraines dans le monde, les femmes étant affectées dans une proportion trois fois plus grande que les hommes [1]. Chez ceux et celles qui en souffrent, la migraine fait son apparition le plus souvent à la puberté, persistant dans bien des cas sous une forme récurrente tout au long de la vie. On note habituellement une accalmie dans la fréquence des crises pendant la grossesse et après la ménopause.

Les crises de migraine se caractérisent par une douleur modérée à sévère qui se présente d’un seul côté de la tête et qui peut durer plusieurs jours. La douleur est généralement pulsatile et aggravée par l’effort physique. Il faut savoir que les symptômes de la migraine sont souvent invalidants, forçant ceux et celles qui en souffrent à rester alités jusqu’à la fin de la crise. En effet, il est très difficile de se concentrer et d’être fonctionnel au travail pendant une migraine.

On distingue différentes phases à la migraine. La première, le prodrome, est la phase pendant laquelle apparaissent les signes annonciateurs (ex. : troubles de concentration, rages de sucre, bâillements, douleur au cou, etc.). Arrive par la suite l’aura, un symptôme qui précède la migraine et qui est présent chez environ 30 % des migraineux. Il s’agit d’un symptôme neurologique transitoire, le plus souvent visuel (ex. : flash lumineux, scintillements, zigzag, vision tunnelaire ou en kaléidoscope) et complètement réversible, qui dure de 5 à 60 minutes en général. S’ensuit la migraine à proprement parler, c’est-à-dire la phase douloureuse. Cette phase peut s’étendre sur quelques heures, voire quelques jours, et être accompagnée de symptômes comme des nausées, des vomissements ou encore une hypersensibilité à la lumière ou au bruit. Finalement, le postdrome se caractérise par une période de fatigue excessive et suit la phase douloureuse de migraine.

Bien qu’une composante génétique ait été identifiée dans les cas de migraine avec ou sans aura, l’environnement jouerait un rôle important dans l’apparition des crises. « Le cerveau du migraineux est un cerveau hypersensible à tout ce qui vient modifier la physiologie normale », explique Dre Eghtesadi. Ainsi, chez certaines personnes sujettes aux migraines, un simple changement dans le corps peut provoquer une crise. Il sera donc essentiel d’identifier ces facteurs déclencheurs, ce qui pourrait éventuellement contribuer à prévenir l’apparition de crises subséquentes.

Tout comme la céphalée de tension, la migraine pourra se présenter sous forme épisodique ou chronique et affecter toutes les sphères de vie, incluant le travail, la famille et les activités physiques et sociales.

Migraine et céphalée de tension : un mécanisme physiopathologique similaire

La céphalée de tension et la migraine sont des maladies neurologiques impliquant une dysfonction de certaines zones du cerveau responsables de moduler et d’atténuer la douleur. « Les deux types de maux de tête ont des mécanismes physiopathologiques très similaires, explique Dre Marzieh Eghtesadi. Ils se distingueront au niveau de l’intensité ressentie de la douleur, des symptômes et des déclencheurs. » Dans les deux cas, les dysfonctions du cerveau entraîneront la production et le relâchement de substances inflammatoires autour des nerfs et des vaisseaux sanguins de la tête, provoquant ainsi la douleur caractéristique de la céphalée de tension ou de la migraine.

Somme toute, les maux de tête peuvent avoir des répercussions considérables sur la qualité de vie des personnes qui en souffrent. On parle par exemple d’absentéisme au travail ou à l’école, de dépression, d’anxiété. Heureusement, des traitements pharmacologiques existent pour soulager et même prévenir les maux de tête.

Pour en arriver à mieux contrôler les crises et ainsi éviter que les céphalées ne se chronicisent, mieux vaut miser sur une prise en charge individualisée. Pour ce faire, différents professionnels de la santé, dont les médecins et les pharmaciens, seront mis à contribution. Des approches comme l’acupuncture et la massothérapie pourront aussi être considérées afin de mieux gérer le stress, diminuer les tensions musculaires et ainsi maximiser la gestion des maux de tête.

Rédaction : Katia Vermette, rédactrice agréée 

[1] Organisation mondiale de la santé (2011). Atlas of headache disorders and resources in the world 2011 [PDF]. Repéré à https://www.who.int/mental_health/management/who_atlas_headache_disorders.pdf?ua=1