Adapter le soin de massothérapie chez la personne arthritique

Dossiers, Techniques

En collaboration avec Christine Michaud, massothérapeute agréée certifiée

Les personnes arthritiques hésitent souvent à consulter en massothérapie. Que ce soit en raison d’une mauvaise expérience antérieure ou par peur que le toucher n’exacerbe leur douleur, il n’est pas rare que les clients souffrant d’arthrite appréhendent leur premier massage. Comment les rassurer et leur offrir un soin adapté qui leur fera du bien ?

De plus en plus, la massothérapie trace son chemin dans la prise en charge de l’arthrite. L’approche s’inscrit, lentement mais sûrement, en complémentarité du travail de l’équipe soignante gravitant autour de la personne arthritique. De nombreuses études tendent d’ailleurs à confirmer l’impact positif de cette thérapie manuelle chez ceux et celles qui souffrent d’arthrite.

« L’objectif de la massothérapie, c’est de ramener la personne à un certain confort, à un mieux-être psychocorporel », explique Christine Michaud, massothérapeute agréée certifiée, qui intervient depuis de nombreuses années auprès d’une clientèle arthritique. Comment ? D’abord en favorisant un soulagement graduel de la douleur grâce à l’enregistrement, par le corps, de sensations positives, antalgiques non nociceptives amenées par un toucher adapté. Ensuite, en misant sur le maintien de la mobilité articulaire afin de permettre à la personne demeurer active.

Or, l’arthrite est une maladie complexe. Afin d’intervenir en toute sécurité et ainsi éviter de provoquer ou d’exacerber l’inflammation du client arthritique, le massothérapeute doit avant tout maîtriser certaines notions, collecter l’information nécessaire pour adapter son soin, et miser sur l’accompagnement.

Comprendre le mécanisme de la douleur et la pathologie arthritique

Tous les massothérapeutes sont en mesure de détendre les muscles et de relâcher les tensions. Mais lorsque vient le temps d’intervenir auprès d’un individu souffrant d’arthrite, même les manœuvres les plus anodines sont susceptibles de provoquer ou d’aggraver la douleur et l’inflammation.

Si vous désirez intervenir auprès des personnes arthritiques, vous devrez d’abord connaître et comprendre les notions de neurophysiologie de la douleur. D’une part, ces connaissances vous permettront de poser le bon geste de massage en fonction de la situation qui se présente à vous. D’autre part, vous pourrez expliquer plus facilement les notions de neurophysiologie de la douleur à votre client si vous les maîtrisez. De cette manière, la personne sera mise en confiance et vous pourrez établir plus efficacement les limites de votre intervention. « La massothérapie n’est pas miraculeuse, explique Christine Michaud. Il faut être en mesure d’expliquer, de poser ses limites et de se fixer des objectifs raisonnables. Et il est essentiel que la personne adhère à ces objectifs, parce qu’au final, il s’agit de son corps. »

Ensuite, la connaissance des différentes formes d’arthrites, leurs particularités et leurs traitements vous aideront à identifier les contre-indications et les précautions au massage afin d’adapter votre intervention de manière sécuritaire.

Enfin, il vous faudra comprendre le processus inflammatoire et les signes permettant de cibler les tissus enflammés. En présence d’inflammation dans une ou plusieurs articulations, des ajustements (ex. : travail en périphérie) devront donc être apportés au massage afin de ne pas surcharger la zone et ainsi aggraver la situation.

Vers un questionnaire santé exhaustif

Lorsque vous recevez une personne arthritique pour la première fois, le questionnaire santé de base est de mise. Toutefois, une collecte d’information exhaustive vous aidera à adapter efficacement votre soin. Ainsi, en plus des questions d’usage, voici quelques informations pertinentes à recueillir pendant le questionnaire santé :

  • De quelle forme d’arthrite souffrez-vous ? Vous aurez alors une idée des tissus atteints chez votre client (musculaires, squelettiques, articulaires) et des articulations potentiellement enflammées, si applicable. Vous pourrez ainsi déterminer les zones à éviter ou à masser avec précaution.
  • Êtes-vous actuellement dans un état dépressif ? Dans ce cas, évitez de surcharger le système nerveux, car cela aura pour effet d’accentuer l’état dépressif chez votre client.
  • Êtes-vous anxieux à l’idée de vous faire masser ? Si oui, mieux vaut la jouer de manière conservatrice et cibler les articulations non douloureuses ou les moins douloureuses du corps. Misez plutôt sur la relation de confiance et choisissez des manœuvres douces qui apporteront assurément un mieux-être global.
  • Prenez-vous des médicaments ? Si oui, lesquels et depuis combien de temps ? Il existe de nombreux médicaments indiqués dans le traitement de l’arthrite dont il faut tenir compte avant d’intervenir en massothérapie.

La douleur devra également être évaluée lors du questionnaire santé. En effet, pour les personnes arthritiques, le seul fait de verbaliser leur douleur peut les aider à se sentir mieux. En outre, vous pourrez adapter votre soin plus efficacement en sachant où et comment la douleur se manifeste dans le corps de votre client.

  • Où avez-vous mal ? Où n’avez-vous pas mal ? Ces informations vous permettront d’orienter vos manœuvres vers les zones du corps sur lesquelles vous pourrez intervenir de manière sécuritaire.
  • Sur une échelle de 1 à 10, à combien évaluez-vous votre douleur en ce moment ? Cette question devra être posée de nouveau à la fin du soin afin d’évaluer l’effet du massage sur la douleur.
  • Comment la douleur se manifeste-t-elle (raideur, rougeur, enflure, sensation de brûlure, etc.) ? Cette information vous indiquera par exemple s’il est plus pertinent de soulager la douleur ou de travailler la mobilité.

Lors des rendez-vous subséquents, la fiche de suivi vous aidera à identifier les changements dans la situation du client et à réévaluer sa douleur.

Adapter le soin pour faire du bien

Le toucher étant susceptible d’intensifier la douleur chez la personne arthritique, vous devrez porter une attention particulière aux manœuvres et à la manière dont vous les appliquerez. Comme l’explique Christine Michaud, « lors des premières séances, les personnes arthritiques ont tellement mal qu’ils ne font plus confiance. Il faut donc les rassurer en leur montrant qu’il est possible, grâce au toucher, d’amener un mieux-être qui favorisera le soulagement de la douleur ».

D’entrée de jeu, les points d’acupression directs seront à éviter en tout temps. En effet, même s’ils amènent un soulagement immédiat en bloquant temporairement les signaux de douleur, l’effet antalgique est de courte durée. La douleur réapparaîtra quelques minutes ou quelques heures plus tard et, chez la personne arthritique, possiblement de manière exacerbée. Évitez également les mouvements sollicitant les articulations, par exemple les torsions, les tractions et les étirements, de même que les manœuvres appliquées directement sur les articulations.

Au contraire, privilégiez une intervention en périphérie des articulations douloureuses et enflammées, quitte à vous rapprocher tranquillement de la zone, si la situation et le client vous le permettent. En effet, un relâchement musculaire en périphérie favorisera un mieux-être global et, par le fait même, réduira localement les tensions dans les zones douloureuses. Pour ce faire, les manœuvres utilisant par exemple la résonnance ou la mobilité douce pourront être appliquées à distance des articulations enflammées.

La plupart des techniques et des manœuvres en massothérapie peuvent être adaptées à la personne arthritique. « En fait, ce n’est pas tant la manœuvre que l’intensité que je vais y mettre qui sera importante », précise Christine Michaud. Un pétrissage peut être très bénéfique s’il est doux, mais si la pression appliquée est trop forte, il risque d’exacerber la douleur.

Afin de doser plus facilement la pression appliquée sur le corps de votre client, utilisez la paume de votre main plutôt que votre avant-bras, de façon à ne pas appuyer avec force sur les tissus. Misez également sur des gestes doux, mais profonds, en privilégiant la lenteur des mouvements.

Pendant le massage, pensez à toujours renvoyer les fluides vers le cœur et les sous-clavières afin de favoriser leur circulation. En outre, parce que l’inflammation est souvent présente chez la personne souffrant d’arthrite, il sera important que tous les gestes de massage dirigent les fluides loin des articulations, afin de ne pas provoquer ou aggraver une crise inflammatoire. Sans nécessairement recourir au drainage lymphatique, l’idée est d’éviter la stagnation des liquides dans l’articulation. Il est à noter cependant que le drainage lymphatique s’avère une approche intéressante à utiliser chez la personne arthritique.

Accompagner et outiller le client

Le rôle du massothérapeute est d’être à l’écoute et d’accompagner la personne vers un mieux-être. Pour ce faire, la rétroaction avant, pendant et après le soin est essentielle. Plus le client vous partagera son ressenti (ce qui lui fait du bien, ce qui lui fait mal, etc.), ses limites et ses besoins, plus le massage que vous lui offrirez sera adapté et répondra à ses objectifs du moment.

« Les gens qui souffrent d’arthrite vivent dans la douleur, explique Christine Michaud. Ils ont parfois de la difficulté à constater seuls une amélioration de leur état. Il faut absolument qu’entre le début et la fin de la séance, ils aient réalisé un gain significatif pour eux. Ça les encourage à continuer. » Chez les personnes qui souffrent de douleur chronique comme c’est le cas pour les clients arthritiques, il sera donc intéressant de réévaluer le niveau de douleur à la fin du soin.

En plus d’accompagner le client arthritique, le massothérapeute gagnera à bien l’outiller. En effet, il est impossible pour le client souffrant d’arthrite de prévoir quand et à quel endroit du corps l’inflammation et la douleur referont surface ou seront exacerbées. Et, lorsqu’une telle situation survient, vous ne serez peut-être pas disponible pour recevoir votre client. L’automassage, basé sur un toucher adapté, est l’un des outils qui permettront vos clients de reproduire à la maison certains gestes de massage afin de soulager eux-mêmes des tensions musculosquelettiques pouvant provoquer douleur et inflammation.

Somme toute, il sera toujours possible d’intervenir en massothérapie auprès d’une personne arthritique, pourvu que le soin soit adapté. « Le massothérapeute est la seule personne qui, même en douleur aiguë, peut faire du bien », note Christine Michaud. Le massage n’enlèvera pas complètement la douleur, mais il offrira dans tous les cas un répit à la personne.

Rédaction ❚ KATIA VERMETTE, rédactrice agréée

katiavermette@hotmail.com