Parcours professionnel
Il arrive que certaines vocations se manifestent bien avant que l’on comprenne leur nom. Pour Hanel-Jean Simard, la massothérapie n’a jamais été un hasard. Plus jeune, il massait déjà les gens autour de lui, sans imaginer qu’un jour ce geste instinctif deviendrait un métier.
Un souvenir lui revient encore avec précision : adolescent, feuilletant une revue, il tombe sur une publicité pour une école de massothérapie à Montréal. Il vit alors à Alma, au secondaire, loin de cette réalité. Pourtant, quelque chose s’allume en lui. Une lumière intérieure, une intuition forte. Avec le temps, la vie suit son cours et l’idée s’efface… jusqu’au jour où une connaissance lui demande s’il veut servir de « cobaye » pour sa pratique. Il accepte sans savoir que ce moment réveillerait l’appel initial.
Du dépassement de soi à l’écoute du corps
Avant d’entrer pleinement dans le monde du soin, Hanel-Jean passe près de dix ans comme entraîneur personnel. Un univers axé sur la performance, le dépassement de soi et l’effort soutenu. Avec le temps, une évidence s’impose : le corps n’a pas seulement besoin d’être poussé, il a besoin de récupérer, de se réguler, d’être écouté.
La massothérapie s’inscrit alors comme une continuité naturelle de son parcours, une compréhension plus fine et plus complète de l’humain.
Écouter ce que le corps murmure
Dès sa formation, une phrase revient comme un mantra : « Tout ce qui ne s’exprime pas s’imprime. »
Avec les années, Hanel-Jean en constate la vérité profonde. Le corps porte les traces de ce que les mots n’arrivent pas à dire.
Sa pratique repose aujourd’hui sur une présence attentive et une écoute empathique. Son approche se définit par une triade précise : un toucher doux, profond et enveloppant.
Pour lui, la massothérapie dépasse largement le cadre du soulagement musculaire ; elle est une porte d’entrée vers le système nerveux.
Il se souvient d’une cliente dont le corps, en état d’alerte permanent, peinait à s’immobiliser sur la table. Au fil des séances, par une présence constante et une technique maîtrisée, il observe une transformation fascinante. « Au départ, elle gesticulait et parlait sans cesse », raconte-t-il. « Puis, avec le temps, son système nerveux s’est régulé. Elle a fini par trouver un sommeil réparateur sur la table. »
Pour lui, ces moments de grâce, où le corps lâche enfin prise, sont la véritable mesure du succès.
Un parcours façonné par la vie, pas par les obstacles
Être un massothérapeute noir au Québec aurait pu comporter des défis particuliers, mais le trajet d’Hanel-Jean a pris une autre orientation. Arrivé jeune au pays, ayant grandi au Lac-Saint-Jean, il n’a pas eu à franchir la barrière linguistique. Un mentor noir lui avait d’ailleurs confié que l’absence d’accent serait un avantage dans sa carrière.
Les véritables épreuves se sont plutôt manifestées dans son parcours entrepreneurial. Apprendre à poser ses limites, à protéger son temps et son énergie, à développer et partager sa vision : voilà ce qui a renforcé sa posture professionnelle. Ces apprentissages ont façonné un thérapeute solide, ancré, capable d’accompagner les autres sans jamais se perdre lui-même.
Une pratique qui reflète un style de vie
Pour Hanel-Jean, la massothérapie n’est pas une technique : c’est un style de vie. Sa culture, ses valeurs et sa mission se reflètent dans sa manière d’être et d’accueillir les gens.
Sa contribution à la profession se manifeste dans sa façon d’incarner une pratique cohérente, respectueuse et profondément humaine. Par sa collaboration avec BlackEstrie, un organisme qui valorise les cultures noires à travers des activités socioculturelles inclusives, il contribue à rendre la massothérapie plus accessible, plus visible et plus diversifiée dans sa communauté. Il y offre un service de massage sur chaise chaque année.
Ce qu’il souhaite transmettre
À la fin d’une séance, il souhaite que ses clients repartent avec un sentiment simple, mais essentiel : une légèreté qui permet de respirer un peu mieux, de se sentir mieux et d’être un peu plus soi-même.
En ce mois de l’histoire des Noirs, son message résonne comme une invitation collective : « Travaillons ensemble, partageons ensemble, grandissons ensemble. »
Une phrase qui résume parfaitement sa voie : humble, ouverte, enracinée dans l’humain, et guidée par une vocation qui s’est révélée bien avant qu’il ne connaisse son nom.
