Le Massager

POUR JEANIE RAHAL, LA MASSOTHÉRAPIE A TOUJOURS CONSTITUÉ UN SOIN À VISÉE THÉRAPEUTIQUE PERMETTANT D’ACCOMPAGNER ET D’AIDER LES GENS. C’EST D’AILLEURS POUR CETTE RAISON QU’ELLE S’EST DIRIGÉE VERS CETTE DISCIPLINE IL Y A PLUS DE 30 ANS. VOICI LE PARCOURS D’UNE FEMME DÉTERMINÉE À FAIRE RECONNAÎTRE LA PROFESSION DE MASSOTHÉRAPEUTE.

L’histoire d’amour entre Jeanie Rahal et la massothérapie a commencé en 1985. À l’époque, la jeune femme travaillait dans une banque, où elle conseillait et accompagnait les clients avec leurs prêts personnels et hypothécaires. Elle rencontrait des familles et sentait qu’elle aidait concrètement les gens.

Cette année-là, elle a donné naissance à sa première fille et son monde s’est transformé. À la suite d’un accouchement difficile, elle a découvert l’humanité des soignants derrière les portes du système de santé. « J’ai constaté combien les infirmières et les médecins étaient chaleureux et n’hésitaient pas à nous prendre dans leurs bras pour nous rassurer quand on était souffrant », se rappelle la massothérapeute.

Le choix de la massothérapie est donc apparu comme une suite logique dans sa carrière. « Je devais trouver un travail dans lequel je pourrais toucher aux gens pour leur faire du bien », explique-t-elle. Elle a quitté son emploi pour compléter une formation en massothérapie à Montréal. Elle venait de trouver sa vocation.

Jeanie Rahal a toujours considéré la massothérapie comme une discipline thérapeutique et exercé son métier avec cette vision en tête. « J’ai travaillé dans une polyclinique médicale en collaboration avec des médecins pendant plus de 20 ans avant de déménager mon bureau sur le Boulevard de l’Avenir il y a dix ans », explique-t-elle. Avec engagement et détermination, elle a développé sa pratique pour aider les gens et les accompagner vers la santé.

Aujourd’hui, elle est propriétaire de la Clinique Jeanie Rahal, une entreprise familiale qu’elle dirige avec ses filles Kim, aussi massothérapeute, et Brigitte, directrice. La clinique emploie plus d’une dizaine de massothérapeutes, ostéopathes et autres professionnels de la santé. On parle d’un succès entrepreneurial, mais aussi d’un modèle d’affaires en massothérapie. Mais en juillet 2018, une visite imprévue des policiers ébranle l’image de la clinique et la perception de la profession de massothérapeute.

RETOURNER 40 ANS EN ARRIÈRE

Jeanie Rahal venait de quitter sa clinique lorsque la sonnerie de son téléphone a retenti. Au bout du fil, sa fille Brigitte lui explique que deux policiers sont débarqués, demandant à voir le permis de pratique des masseuses qui y travaillaient. Ils affirmaient appliquer le Règlement L-8433 concernant les masseurs et les salons de massage.

« J’avais entendu parler de ce règlement, confie Jeanie Rahal, mais je n’ai jamais cru qu’il nous concernait. » Le règlement en question a été voté en 1992 par la Ville de Laval dans le but de lutter contre la prostitution. Il exigeait aux masseurs un permis de pratique et aux salons de massage un permis d’exploitation. En 2019, considérant que la massothérapie est de plus en plus reconnue comme un soin préventif et thérapeutique, l’application du règlement soulève de nombreuses questions.

Jeanie Rahal avait l’impression de revenir 40 ans en arrière, alors que l’on associait encore le massage à la prostitution et aux salons de massage érotiques. Jugeant la situation inacceptable, elle a posé des questions aux policiers et a fait ses recherches. Elle a vérifié la validité du règlement auprès de la Ville de Laval. On lui a répondu que tant que les massothérapeutes n’auraient pas d’ordre professionnel, il serait impossible pour les policiers de distinguer les massothérapeutes des masseurs.

FAIRE RECONNAÎTRE LA MASSOTHÉRAPIE

Pour Jeanie Rahal, il est inconcevable qu’en 2019, les massothérapeutes et les masseurs soient encore confondus et que la massothérapie ne soit toujours pas reconnue à sa juste valeur. Usant de son leadership, la femme de tête et de coeur a mobilisé d’autres massothérapeutes de sa région. Elle a aussi contacté la FQM pour obtenir un soutien dans ses prochaines actions auprès de la ville.

Jeanie Rahal refuse toujours de demander ses permis d’occupation et de pratique à la municipalité. « Ce n’est pas le fait de payer pour un permis qui me dérange, c’est la connotation qui vient avec ce permis », explique-t-elle. Selon elle, les membres de la FQM sont encadrés et compétents, ils ont une bonne approche en relation d’aide et ils agissent de manière professionnelle. La Ville de Laval devrait donc les considérer comme des professionnels de la santé et non les associer à des services érotiques.

À ce jour, les démarches se poursuivent auprès de la ville pour faire avancer le dossier de la réglementation. La massothérapeute espère que le règlement sera amendé afin que soit cristallisée l’image thérapeutique de la massothérapie. Mais, surtout, elle attend l’ordre professionnel pour qu’enfin, les massothérapeutes soient officiellement reconnus en tant que professionnels de la santé.

Rédaction ❚ KATIA VERMETTE, réd. a.